MADAME

MONSIEUR

Mme bulle à Bruxelles en chantonnant Brel, du temps où Bruxelles bruxellait, cette fois dans le quartier historique du Sablon. Elle glisse dans le confort douillet des vitrines de décorateurs, zyeute les dispendieux étalages d’art ancien et contemporains, regarde passer les Porsche d’une terrasse m’as-tu vu, replonge dans la Belgitude bourgeoise et ses plats emblématiques, comme le sacro-saint américain du Vieux Saint Martin.

Que vaut vraiment la cuisine de ce restaurant fétiche des touristes ? Si l’amie new-yorkaise (Jennifer, foodie globe-trotteuse) ne manque jamais une virée au Vieux Saint Martin quand elle visite la capitale, c’est que le lieu a son charme. Banquettes douillettes, service impeccable (on a rarement vu plus attentionné dans la capitale), tableaux d’artistes belges aux cimaises.

Une brasserie de qualité, des produits du cru, une carte qui ne varie quasi pas. Mme a croqué un gentil toast cannibale (à l’américain) et n’a pas su terminer un succulent fish and chips parfaitement réalisé. La dame blanche est irréprochable avec son chocolat Callebaut et sa crème vanille maison. Tout est propre, tout est bon.

Mme invitera Bon papa dans cet établissement pour son anniversaire : il ne sera pas déçu.

 

M. aime les maisons qui ont l’orgueil de l’histoire, mais certaines perdent le sens du présent.

Présent, cadeau, à l’écoute, voire à disposition, les sens sont nombreux et les nôtres restent un peu en manque des propositions qui sont faites au Vieux Saint Martin.

La maison s’enorgueillit d’avoir été fondée par le fils de l’inventeur de l’américain. Rien de moins. Le ciment philosophal de la cuisine de chez nous, entre la croquette de crevettes et le waterzooi. La belgitude incarnée en viande hachée crue et sauce relevée.

Si M. Niels inventa le filet américain en 1926 ses héritiers le servent comme un plat de cantine, le cellophane en moins. Sans decorum, sur une assiette à entrée, une platée d’américain lutte pour garder sa place entre un monticule de frites et quelques végétaux vinaigrés. 24€.

On ne triture rien, on ingurgite, ça n’a aucune mâche (ce n’est pas un tartare, c’est haché mécanique), c’est épicé (très sauce américaine), si bien que c’est tellement un standard qu’évidement cela manque d’intérêt. Sinon d’avoir mangé un américain historique. Si les frites sont maison, elles croquent, plus proches des allumettes que des pommes Pont-Neuf, mais c’est une question de goût.

M. n’était donc pas bluffé par une assiette en contradiction avec le lieu, beau, tables promiscues et Alechinsky aux cimaises, travaillé en somme.

Les croquettes de crevettes font faire moins de chichis, il faut dire que la simplicité leur sied. Deux pièces, du citron, une avalanche de persil frit, 17.25€

Les vins au verre en plusieurs terroirs permettent d’adapter la consommation aux goûts de chacun.

Les prix tapent vers le haut, c’est le Sablon, ça joue sur la silver economy, pour faire dans la litote business.

Un lieu pour initier des étrangers à la cuisine de tradition du pays ou pour faire plaisir à un aîné en lui faisant goûter une comfort food populaire tarifée luxe.

 

Au Vieux Saint Martin
Place du Grand Sablon 38
B – 1000 Bruxelles
Tél. 02 512 64 76

belgique, bruxelles, americian, sablon, resto, brasserie, moins de 120 euros

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10:12 , Publié par
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