19
octo

Notos, l'hospitalité de Constantin

MADAME

MONSIEUR

Mme, si elle veut se faire plaisir, en appelle aux parfums du sud. En grec, Notos veut dire sud. Pour elle, Notos est synonyme de volupté. Elle se damnerait pour la cuisine de Constantin Erinkoglou. Car son restaurant n’offre que du plaisir. Pur. Maîtrisé.

Son chef préféré ? Celui dont les assiettes racontent une région, un héritage, des influences mélangées et une certaine générosité, tout en retenue. De ses grands-mères, originaires des Balkans, Constantin a puisé dans le livre de recettes et les bouquets de saveurs. De ses voyages récurrents, il rapporte les produits, rares, exquis, les vins, le miel, la poutargue, et ces denrées gorgées de soleil, que l’on envie aux Hellènes. L’artiste de la rue de Livourne revisite les recettes ancestrales, les recrée, les projette dans le 21e  siècle, avec sa touche. Délicate. À mille lieues de l'idée que l'on se fait du resto grec de Bruxelles.

En entrée, Mme hésite à chaque fois entre une Thalassina et les Calamars grillées au beurre de lait cru (18 €). Elle se souvient aussi du Boeuf de Mousthène et ses légumes braisés (32€) et des couteaux irrésistibles, qui réapparaissent au gré des saisons. Le tarama du Notos est une ode à la perfection. Qu’il cuisine à l’huile d’olive ou au lait cru, le chef respecte les produits, les transcende. Cet homme discret a une vision, un sens de l’assaisonnement, des alliances de goût et d’harmonies.

Ses chefs-d’œuvres ? Les plats à base d'agneau, plus divins les uns que les autres. Mais aussi le Sofrito de veau déglacé au vieux d'Assyrtiko (30€).

L’acmé de la délectation ? Dès lors que l’on se laisse guider pour l’accord plats et vins, on plonge souvent en territoire inconnu, digne des plus grands voyages. Cette nuit-là, Mme avait mis le cap sur les îles Lemnos, Santorin et la Crète (Domaines avec Savvoglou, Sigallas et Economou), sublimes. Elle n’en est toujours pas revenue.

M. apprécie particulièrement le Notos. Pour le travail et la personnalité de Constantin Erinkoglou qui donne des lettres de noblesse à la cuisine grecque. Cette Grèce cosmopolite qui s'ouvre par la mer Egée vers l'Orient. Chimérique vision, au vu de l'actualité, mais crédo du maître des lieux.

Œuvrant en cuisine et en salle, il est le chef d’orchestre d’un établissement qui, avec une très grande sobriété, revisite la tradition gastronomique hellène et l’éloigne des stéréotypes qui l’étouffent.

Les assiettes procurent le dépaysement du sud et les surprises des grandes tables. Mais le travail de Constantin et de son équipe ne souffre aucune exubérance. L'inventivité vient des textures, des rencontres des goûts, de la perfection des produits.

Un tarama incomparable, des poissons crus (Thalassina, assiette variée de la mer 22€), des viandes à la cuisson parfaite (Agneau quand il y en a) et un sens du jus qui bouleverse le plus blasé des palais (Veau Kapama, sauté et mitonné aux aubergines 28€). Mais le tout avec une frugalité assumée. Pas d'esbrouffe, d'effet de manche, le produit, son traitement, au mieux un accompagnement, le tout avec une grande maîtrise et beaucoup de simplicité. Un écrasé de pommes de terre avec des légumes quasi crus reste une des bouchées les plus savoureuses de cette visite.

Frugalité donc, mais la succession d'assiettes permet de composer un menu (de 45 à 70€) qui apportera la satiété. Heureux paradoxe, de voir son appétit préservé jusqu'aux derniers moments du repas, pour finir nourri, sans aucune lourdeur, rassasié. 

Les vins, une des passions du chef, qu’il défend avec volontarisme, viennent exclusivement de Grèce et sont choisis avec minutie. Laissez-vous conseiller ou optez pour une initiation lors des soirée Oenos.

Notos
Rue de Livourne 154
1000 Bruxelles
02/ 513.29.59

Lunch un plat au choix, 22 €.  Soirée Oenos le 3 décembre 2012, avec les vins
De l’extrème nord-ouest et Thessalie. Domaines Alfa, Karadimo et Karipidi. Infos sur www.notos.be/

En Belgique, Notos est l’Ambassadeur de la cuisine grecque d’aujourd’hui. Voir aussi notre dossier sur sa cuisine au lait cru ici.

notos,grèce,moins de 50 euros, chef, plaisir, agneau, vin

notos,grèce,moins de 50 euros,vin,sud,poutargue,veau,lait cru,plaisir,frugalité,tarama

 

 

19
sept

Carcassonne et son Jardin de l'Evèque

MADAME

MONSIEUR

Mme est fâchée. Très fâchée avec Carcassonne. L'été, c'est l'enfer. Trop de touristes, trop de boutiques à souvenirs made in China, trop de touffeur.

Alors trouver un restaurant dans cette cité médiévale relève carrément du défi ! Malgré la mise en garde de notre hôte Bernard, qui tient l'agréable Demeure Saint Louis, un Bed & Breakfast parfait, Madame a voulu faire sa maligne.

Suivant les conseils du Guide vert Michelin, elle s'est dit que dîner au Jardin de l'Evèque serait bien agréable. Erreur! Madame a commandé des Côtes d’agneau des Pyrénées grillées, gnocchi de polenta aux olives et parmesan (20€). La polenta ressemblait à un carré de chewing gum ! Sans parler du dessert sorti du congélateur (Abricot du Roussillon poché au romarin, crème fouettée au lait d’amande et pain de Gênes (9€) sans intérêt. Le menu truffé de fautes n'était pas clair; le résultat dans l'assiette rebutant.

Irritée mais téméraire, Madame a fait un saut en cuisine pour rencontrer le responsable de ce gâchis, un chef d'une vingtaine d'année, sans doute en stage d'été. Qu'importe, c'est une soirée ratée.

C'est sûr, Madame ne suivra plus aveuglément les petites adresses du Michelin.

Une note positive ?
Mme a aimé les olives Lucques à l'apéro et le pousse-café fluo au joli nom de Micheline. Si ça lui prend, M. vous en parlera.

La ville touristique est un exercice de style. Faire vivre sur une saison les marchands du temple, les opérateurs touristiques, les restaurateurs et hoteliers; et contenter les touristes venus découvrir un lieu mythique à la va vite. Il est clair qu'à Carcassone l'équilibre est précaire.

Le visiteur moyen y passe 4 heures, cherche principalement une expérience médiévale et dans la région le cassoulet est roi. Si ce paradigme vous parle la Cité de Carcassone saura vous séduire, si vous cherchez à creuser, si vous voulez manger autre chose vous risquez d'être déçu. Personne ne se donne la peine de faire plus que ce qui est attendu, un bien triste strict minimum. 

Ville ravalée au 19e s. selon le point de vue d'un architecte qui se faisait son idée de la ville médiévale; on ne sort pas de ce schéma directeur 150 ans plus tard. 

Et la table ? Mme & M. ont opté pour le jardin de l'Evèque, une terrasse ombragée où s'affairent des apprentis serveurs sous l'oeil austère d'un maître d'hôtel expérimenté. Affublée d'un Bib gourmand, au grand air, elle semblait convenir à un dîner d'après canicule. Funeste erreur d'apréciation.

M. n'a pas trop envie de décrire l'enchaînement de mauvaises surprises, mais au final à force de renvoyer les entrées ("Grosse brochette de gambas, taboulé maison à la menthe fraîche, tomates cerise en salade" (16€).) et d'argumenter le pourquoi ce qui est dans l'assiette est une insulte aux descriptions de la carte, le maître d'hôtel a consenti à passer au bleu une partie de l'addition. 

90€ pour mal manger, se prendre la tête avec le personnel, il est des meilleurs souvenirs de vacances.

Restaurant Le jardin de l'Evèque
Rue Saint-Louis
Carcassonne, France
Tél. 04 68 71 98 71

moins de 50 euros,resto,colère,fâchés,jarsin,terrasse,bib gourmand,michelin,sud,midi

moins de 50 euros,resto,colère,fâchés,jardin,terrasse,bib gourmand,michelin,sud,midi